Une pro du polar lève le voile

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Rencontre avec Natalie Beunat, directrice de la collection Souris Noire et co-directrice avec François Guérif de la collection Rat Noir.Côté Mômes : Comment vous est venu ce virus de la littérature « noire » ?
Natalie Beunat : En fait, je l’ai toujours eu. Ca a commencé avec Fantômette puis tous les classiques. Je suis tombée amoureuse de Dashiell Hammett, le père fondateur du roman noir américain… Hélas moins connu que Chandler qui est sans doute plus « médiatisé » ! J’ai même écrit un livre sur lui pour m’en « débarrasser » mais ma passion pour le roman noir en général est tenace… Jusqu’à mon prénom que je tiens à voir écrit sans h en hommage à une « chronique » d’Alexandre Vialatte !

CM : La littérature policière pour enfants a démarré avec la désormais célèbre Souris Noire. Comment cette collection est-elle née ?

NB : En 1986 est née avec Souris Noire la première littérature policière pour enfants à une époque où l’on ne parlait même pas de « littérature jeunesse » mais de livres pour enfants. Cette collection a été créée en référence à la Série Noire des Editions Gallimard (fondée par Marcel Duhamel et dont le nom avait été trouvé par Prévert), par Joseph Périgot qui a demandé à ses camarades auteurs de polars d’écrire pour les enfants. Et il y a eu, bien sûr, pas mal de détracteurs de cette collection puisque, loin du « simple » policier à énigme, on y parlait de drogue, de chômage, avec une dimension sociale, politique… de la vraie vie en somme. Cela pouvait faire peur à certains mais ça a amené beaucoup de jeunes à la lecture. Et fort heureusement, cette littérature a été très vite défendue pas les enseignants et les documentalistes dans les collèges… Le chat de Tigali de Didier Daeninckx, grand succès à sa sortie en 1989 et réédité dans la collection Mini Syros Polars est aujourd’hui au programme de l’Education nationale, tout comme Les doigts rouges de Marc Villard, réédité aussi dans la même collection.CM : Vous avez aujourd’hui plusieurs collections. A quelles tranches d’âges s’adressent-elles ?
NB: Souris Noire s’adresse plus particulièrement aux 9-13 ans et offre tout le prisme du polar au sens large du terme : roman d’enquête, roman à énigme, roman noir, roman à suspense… Cette collection comporte actuellement une cinquantaine de titres. De la « souris » au « rat », il n’y avait qu’un pas, que François Guérif a allègrement franchi en créant Rat Noir en 2002. Là, nous sommes dans le roman noir pour les 14-16 ans. C’est une passerelle vers le polar pour adultes où les ados peuvent découvrir des grandes pointures du polar français et étranger.

Dans la collection Mini Syros Polar, on trouve des grands classiques réédités, des textes généralement courts, de 32 ou 48 pages, accessibles pour certains titres aux enfants de 7-8 ans. Elle est ancré dans la réalité et aborde des thèmes généralement peu proposés aux enfants : l’argent, la délinquance, le racisme…CM : Comment choisissez-vous vos auteurs et leur donnez-vous des consignes pour écrire pour les enfants ?
NB: Je demande des textes à des auteurs dont je connais le travail pour adultes. Il y a pas mal d’auteurs de la Série Noire de Gallimard et de Rivages. Il y a aussi des auteurs qui viennent de la jeunesse comme Béatrice Nicodème qui récrée avec bonheur l’univers de l’Angleterre victorienne et de Sherlock Holmes dans sa série des Wiggins ou encore des auteurs comme Robberecht issus de la BD. Je leur demande d’écrire dans leur style mais pour un public adapté. La loi de 49 qui protège les publications pour la jeunesse précise qu’en aucune manière la haine, le vol, le mensonge, les crimes ne doivent être présentés sous un jour favorable. Le voyeurisme et la complaisance sont donc exclus de ces œuvres, au contraire des romans pour adultes où tout est permis, même se balader dans la tête d’un tueur. Je m’inscris en fait dans une logique de bon sens et pas de morale. On peut traiter de n’importe quel sujet mais pas n’importe comment. Je suis très attachée au parti pris narratif.