Salariés et parents: mission impossible?

PARTAGER SUR

Le 12 février dernier, se tenait au cœur du 9ème arrondissement de Paris la première conférence de presse sur la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Réalisée conjointement par l’Observatoire de la Parentalité en Entreprise, l’Union Nationale des Associations Familiales (UNAF) et la Délégation Interministérielle à la Famille, cette conférence était avant tout l’occasion de présenter les résultats d’une étude réalisée auprès des Français concernant leurs attentes vis à vis des entreprises.

La parentalité en entreprise : l’état des lieux

« 97% des salariés-parents estiment que l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale est un sujet de préoccupation important ». Partant de ce constat plus que révélateur, l’Observatoire de la Parentalité en Entreprise, sous la présidence de Jérôme Ballarin, a décider de réaliser une enquête inédite en France. L’enjeu de cette étude : faire état du ressentiment des salariés-parents vis à vis de leur entreprise et de leur vie de famille. Bien souvent, des mots tels que « parentalité » et « entreprise » semblent en totale inadéquation. Il faut dire que l’un et l’autre sous-entendent des sacrifices et une grande disponibilité. Mais les salariés-parents doivent-ils pour autant négliger leur famille au profit de leur carrière, ou doivent-ils au contraire subir les effets du plafond de verre au fur et à mesure que leur famille s’agrandit ? Pour l’Observatoire, la réponse est évidente et surtout sans appel : il est du devoir des entreprises françaises de soutenir leurs employés parents. D’ailleurs, force est de constater qu’un parent détendu fait aussi un meilleur employé, il est de l’intérêt commun de trouver un juste équilibre entre les deux sphères. Pour autant, la situation actuelle est dramatique. Rares sont les salariés-parents dont les attentes familiales et professionnelles ont été simultanément rencontrées. Pire encore, Jérôme Ballarin déplore « une forte dégradation en trois ans ».

<!–nextpage–>

Des besoins précis pour les salariés-parents

Et les résultats de cette enquête sont édifiants. Le baromètre réalisé par l’institut Viavoice fait état de réelles lacunes au sein des entreprises françaises. Évaluées grâce à un échantillon de 1005 salariés-parents des secteurs privé et publique, les firmes françaises, qu’il s’agissent de grands groupes ou de PME, ne sont majoritairement pas à la hauteur des attentes de leurs employés. Globalement, et pour ne mettre l’accent que sur les problèmes les plus récurrents, les salariés-parents estiment que leurs horaires et leur rythme de travail n’est pas adapté à leur situation familiale. Pour certains, cela se traduit par un manque de temps accordé à leurs enfants. Pour d’autre, c’est un travail trop prenant ou trop stressant qui rejaillit sur la vie de famille. Et pour faire face à ces difficultés, les désidératas des parents français convergent vers des aides financières. Si certains y voient déjà une cause de la crise actuelle, il est surtout probable que l’arrivée d’un ou de plusieurs enfants dans un foyer bouleverse tout un budget. C’est pourquoi des mesures telles que l’aide au financement des études et de la scolarité des enfants, ou encore l’adoption de mutuelles plus avantageuses sont largement plébiscitées. Tout aussi populaire, la participation aux frais de garde ponctuelle ou permanente remporte la sympathie de beaucoup de salariés-parents.

Un baromètre de la parentalité sur le long terme

Parmi toutes les solutions que les parents aimeraient voir au sein de leur entreprise, certaines commencent malgré tout à voir le jour. C’est notamment le cas des mutuelles, dont la qualité est parfois reconnue, ou des primes liés aux événements familiaux comme les naissances. En revanche, si ces cas de figure existent, ils restent malgré tout assez rares. C’est pourquoi l’Observatoire de la Parentalité en Entreprise entend renouveler son baromètre tous les ans, afin d’établir un état des lieux année après année des services et des aides proposés aux salariés-parents. Ainsi, les progrès réalisés pourront être mesurés, et les lacunes comblées de manière plus ciblée grâce aux outils de mesure et de comparaison.

<!–nextpage–>

Une charte interentreprises pour la parentalité

Mais l’Observatoire ne s’arrête pas en si bon chemin. Le but de l’organisme n’est pas uniquement d’établir une base de données statistiques, mais également de tracer une ligne de conduite pour les entreprises. Pour ce faire, il a mis en place la « Charte de la Parentalité en Entreprise ». En signant cette charte, les entreprises partenaires s’engagent à « créer un environnement favorable aux salariés-parents » (en particulier pour la femme enceinte) et « à respecter le principe de non-discrimination dans l’évolution professionnelle de ces mêmes salariés-parents ». D’ailleurs, nombreuses sont les entreprises françaises à avoir d’ores et déjà signé cette charte. Pour ne citer que les principales, Carrefour (le premier employeur privé français), Areva, BNP Paribas, Danone, La Poste, Orange ou Total ont déjà rejoint le mouvement. Et les 70 entreprises regroupées représentent plus d’un million de salariés.
Toutefois, il est dommage que cette charte n’ait pas établi une liste de mesures précises que les entreprises signataires adopteraient. Qui plus est, la signature de la charte ne saurait garantir à elle seule le respect des grands principes. Mais il s’agit tout de même d’un bel effet et certainement d’un premier pas vers une possible législation.

Vers un programme européen ?

Plus important encore, l’Observatoire de la Parentalité en Entreprise s’apprête à franchir une étape supplémentaire. Comme l’a rappelé son président Jérôme Ballarin, « cette cause dépasse le cadre de nos frontières ». C’est pourquoi il entend « européaniser le mouvement » en soumettant ses recherches à la Commission Européenne. Mais certains pays de l’Union se sont déjà montrés intéressés par cette démarche, à l’instar de l’Allemagne, qui a d’ores et déjà demandé à recevoir le questionnaire afin de réaliser une enquête similaire outre-Rhin. Et apparemment, le rendez-vous est déjà pris avec la Ministre allemande de la Famille. Cette démarche, que Jérôme Ballarin veut européenne s’inscrit selon lui dans une « transition entre deux modèles de capitalisme », à l’heure où l’Entreprise, dans son intégralité, se doit d’adopter un comportement plus humain envers ses salariés.Comme il le précise si bien, « une société contemporaine équilibrée repose sur un cercle vertueux entre bien-être social et performance économique, comme la sérénité d’un individu en France en 2009 repose sur un cercle vertueux entre épanouissement personnel et réussite professionnelle ».

Site web de l’Observatoire de la Parentalité en Entreprise :
http://www.observatoire-parentalite.com

Résultat du baromètre 2009 :
http://www.observatoire-parentalite.com/public/documents/barometre-salaries-parents-fev2009.pdf