Marcel Rufo : Un psy à la télé

PARTAGER SUR

Depuis la rentrée télé 2008, Marcel Rufo est l’invité de nos dimanches télé avec son émission « Le mieux c’est d’en parler ». Il ne vise ainsi rien moins que l’amélioration des relations familiales ! Rencontre avec un pédopsychiatre qui dérange parfois et rassure souvent.
Côté Mômes : Quelles étaient vos impressions à l’issue de la première émission ?
Marcel Rufo : Je suis sorti de là épuisé, on aurait dit que j’avais fait trente consultations ! Animer une émission, c’est toute une technique à apprendre. Ça  ressemble à une consultation, mais en même temps ça doit se jouer dans la transmission. Quand je fais une consultation, je pense à quoi proposer, à comment interpréter, mais je n’ai pas à décrire ce que je pense ni à le rendre compréhensible… Au final, la télévision est un exercice à la fois difficile et intéressant, que je ne maîtrise pas encore tout à fait, à tel point que je préfère ne faire qu’une seule émission par semaine pour l’instant. Après, j’accélérerai peut-être la cadence !

 
CM : Votre expérience sur Europe 1 (une libre antenne deux soirs par semaine) vous a-t-elle décidé pour accepter ce projet sur France 3 ?
MR : Oui, j’ai beaucoup appris sur Europe 1, notamment comment les auditeurs demandent, comprennent et réagissent quelque temps après. Je recevais ainsi des emails disant « je suis d’accord » ou « je ne suis pas d’accord », c’était passionnant. A la radio, c’était le soir, de 23h à minuit. Ici, c’est le dimanche en fin d’après-midi : dans les deux cas je suis assez à l’abri ! Dans les deux cas aussi, il fallait que ce soit programmé à une heure où les cabinets de psys sont fermés. Mais la radio, honnêtement, ça ressemble un peu à une consultation ordinaire : on est anonyme, l’interlocuteur aussi, on prend son temps. A la télévision il y a un rythme, un tempo : 40 minutes de télé représentent bien 4 à 5 heures de radio en terme d’efforts à faire… Enfin, je suis ravi de relever ce défi, mais j’avais dit à Isabelle Giordano que je ne ferai jamais de télévision, elle l’a écrit dans un de ses livres sur les psys*, mon compte est bon !

CM : Comment s’est opéré le choix des thèmes ?
MR : Dans la cinquantaine de thèmes que j’ai proposé au départ, les producteurs ont ciblé des thèmes assez généralistes pour les dix premières. Après les relations frères-sœurs, l’alcoolisme chez les adolescents, l’anorexie, les nouveaux pères, il y aura le rôle des grands-parents, l’adoption, la famille recomposée… Des thèmes plus difficiles, plus tristes, seront traités plus tard, voire dans une éventuelle 2e saison, parce qu’il faut d’abord que les gens aient pris l’habitude de ce qu’est l’émission. Par exemple, pour le thème « schizophrénie à l’adolescence », il faudra d’abord échanger et travailler avec les spectateurs pendant un an sur qu’est-ce que la psychologie, la psychiatrie et l’interprétation, pour les amener au niveau de compétence supérieure que requiert le sujet. C’est une éducation du public, mais aussi de ma part et de celle de l’équipe !

 
CM : Avec cette émission, on peut vous accuser d’utiliser votre notoriété pour remplir les cabinets de psys…
MR : Par rapport au prosélytisme psy, ce n’est pas moi : les familles ont énormément changé depuis une quinzaine d’année sur le sujet. Aujourd’hui, elles viennent spontanément en consultation de pédopsychiatrie dans 80% des cas. Cette émission n’existe donc que par la volonté des parents devenus consommateurs de pédopsy. En même temps, on essaiera toujours d’atténuer l’effet psy en fin d’émission, d’ouvrir sur le fait que sans psy, c’est possible aussi… Enfin, j’interviens dans la lignée de ce qu’ont pu faire avant Françoise Dolto à France Inter ou Donald Winnicott à la BBC. L’originalité, ici, c’est le média télévision : suis-je un bon client pour cet exercice ? Seul le temps le dira…

CM : La place de la famille dans les médias est-elle suffisante selon vous ?
MR : Si toutes les chaînes télé pouvaient faire une émission sur la famille, ce serait bien ! En attendant, sur France 3, le créneau est à conquérir : à 17h, nous sommes en concurrence sérieuse avec Stade 2 et la Star Ac’ ! C’est mon goût pour le rugby, ça… En tout cas, si cette émission est un prétexte pour parler ensuite entre parents et ados, alors mon pari est réussi. Un autre de mes rêves, c’est que des ados téléchargent cette émission sur Internet, qu’ils se l’échangent et en discutent. Je suis aussi très intéressé par l’évaluation et la critique de ce projet, de la part des téléspectateurs comme de vos lecteurs. Je vais regarder ce qui se dit sur les forums, nous allons aussi organiser des chats une fois par mois sur le site de l’émission avec les gens qui n’ont pas pu être pris lors des libres antennes. Maintenant, à vous de juger !

*Voyage au pays des psys d’Isabelle Giordano, Albin Michel, 2006.