Eliette Abécassis: nous sommes allés trop loin dans le culte de l’enfant!

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Ne vous fiez pas aux apparences. D’un calme olympien, presqu’en chuchotant, la romancière dit tout haut, ce que l’on pense en général tout bas !

Anne WIEME

La famille pour idéal

Côté Mômes : Que pensez-vous de la famille en général ?

Eliette Abécassis : C’est un idéal pour moi, difficile à atteindre. C’est un mythe sur lequel on se construit. Mon but a toujours été de fonder une famille unie où tout le monde s’entend bien. En vérité, c’est plus complexe que cela. La famille c’est un lieu où règnent beaucoup de tensions, de drames, de passion et de déchirements.Dans la relation entre adultes et entre parents et enfants. Mais c’est aussi une source d’inspiration permanente pour mes romans, c’est là où l’être humain s’éveille.

C.M : Comment élevez-vous vos enfants ?

E.A : J’oscille sans cesse entre des périodes Brazelton, Dodson. Entre les laisser s’épanouir et imposer mon autorité. En fait, je leur indique des directions et ils s’élèvent tout seuls.

Les enfants, de nos jours, savent très bien ce qu’ils veulent et affirment haut et fort ce qu’ils pensent. Ils sont à la fois tyranniques, vifs, sensibles et attachants. Si vous criez, on vous qualifie de mauvaise mère. Si vous les punissez en supprimant une poupée ou un jeu, ils s’en moquent complètement, ils en ont dix autres. C’est compliqué. Alors, je fais comme je peux.

C.M : Avez-vous des principes moraux, d’éducation ?

E.A : Oui, c’est fondamental. Il est extrêmement important de leur apprendre la relation à autrui, le respect de l’autre. Car ce n’est pas inné. Mes principes moraux s’inscrivent dans un cadre religieux avec, comme principes, les dix commandements.

L’enfant doit rester à sa place

C.M : Pensez-vous que l’on en fait trop pour nos enfants ?

E.A : La révolution Dolto a fait beaucoup de bien, mais nous sommes allés trop loin. On s’oublie soi-même, on oublie son couple. L’enfant doit rester à sa place d’enfant et non être le centre de tout. La famille n’y résiste pas. Je me méfie toujours des parents qui clament : « ils sont tout pour nous ! ». N’est-ce pas plutôt une façon déguisée d’avouer qu’ils ne s’intéressent qu’à eux-mêmes !

C.M : Avez-vous reproduit les mêmes bêtises que vos parents ?

E.A : On comprend mieux ses parents et on leur pardonne quand, à notre tour, nous rencontrons les mêmes difficultés. J’essaie de prendre ce qui était bon dans leur éducation et d’être différente aussi. Je laisse peut-être plus de liberté à mes enfants. J’ai été élevée dans le sentiment d’être au service de mes parents. Et moi, je suis au service de mes enfants.

C.M : Aime-t-on nos enfants de la même façon ?

E.A : On les aime de la même façon mais différemment. Tout est lié à la personnalité au sexe de chacun. Avec une fille, on est plus dans la rivalité. Avec un garçon, plus dans la séduction. On s’adapte, mais on n’est pas équitable.

 

C.M : Quelle enfance avez-vous eue ?

E.A : J’ai grandi en province, dans un cocon familial, très protégée. Avec un père écrivain et philosophe et une mère professeur de psychologie de l’enfant, nous avons été, avec mon frère et ma sœur, « biberonnés » par Freud, Lacan, entourés de livres et baignant dans la pratique du Judaïsme.

C.M : Et les enfants rois ?

E.A : Nous sommes allés trop loin dans le culte de l’enfant. Et ils n’en font qu’à leur tête. C’est d’ailleurs un sujet que j’aborde dans les aventures d’Astalik. Un enfant roi dans toute sa splendeur. Au travers de situations totalement caricaturales, largement inspirées de ma fille, et de ses petites copines, je montre comment les parents sont, aujourd’hui, souvent dépassés face aux excès, aux dérives de ces enfants à qui tout est permis. Pourtant, je suis comme eux, j’ai du mal à imposer mon autorité. Et Astalik me permet de prendre du recul, d’en rire aussi.

Protéger nos enfants : une urgence

C.M : Que souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?

E.A : Des principes moraux, religieux. La gentillesse, l’aide à l’autre bien sûr. Mais aussi le goût de la lecture, de la musique, du théâtre.

C.M : Avec du recul, que feriez-vous, ou au contraire ?

E.A : Si c’était à refaire, je ne commettrais pas les mêmes erreurs quant au rituel de l’endormissement. Comme je les ai allaités, 9 mois pour Capucine et 1 an et demi pour Ethan, ils ont pris l’habitude de dormir avec moi. Ils se réveillent tous deux la nuit. J’aurai dû, au moment du sevrage, faire plus attention et instaurer une séparation. À part cela, ce sont des enfants joueurs attentifs, habitués aussi, dès leur plus jeune âge, à manger de tout.

C.M : Les enfants ont-ils évolué ?

E.A : Très tôt, ils sont hyper stimulés, hyper intelligents, hyper éveillés, hyper équipés sur le plan technologique. Ils ont un accès incroyable au langage et une assurance à toute épreuve… avec tous les excès que l’on connaît.

C.M : Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui ?

E.A : L’accès libre-service à Internet sans contrôle parental. C’est révoltant de voir tout ce qui livré à des yeux naïfs… Surtout en matière de pornographie, c’est une catastrophe. Il ne faut pas oublier que c’est une mise en scène de la domination masculine. Et il faut tout leur réapprendre.

L’escalade de la violence dans les films, c’est atroce. Ce sont des tueries permanentes. Alors, à la maison, il n’y a ni Internet, ni télévision !

Eliette Abécassis en librairie

Une enfant roi

Dans ce quatrième album, l’héroïne ne sait plus où donner de la tête. Face à tant de tentations, elle ne sait résister et les parents sont, une fois de plus, confrontés à ce terrible dilemme : comment ne pas céder.

Astalik fait ses courses, Editions Thomas jeunesse, 14,50€

Un drame des temps modernes

C’est l’histoire d’un couple, comme tant d’autres, qui divorce. Lucide, ironique, sensible, ce drame, somme toute banal, prend une autre dimension sous la plume de l’auteur.

Une affaire conjugale, Albin Michel, 20€