COMMENT EN FINIR AVEC LA DYSORTHOGRAPHIE ?

PARTAGER SUR

La dysorthographie est un trouble du langage écrit. C’est un terme médical désignant une pathologie :  « D y s… » renvoie au mot « dysfonctionnement ». La dysorthographie est un problème d’apprentissage qui se traduit à l’écrit par des difficultés parfois graves, se manifestant principalement par une écriture lente, irrégulière et maladroite. Les enfants ont tendance à utiliser une petite quantité de mots dans leurs rédactions et cela peut aussi entraîner des difficultés dans la lecture.

Anne-Marie Gaignard, pédagogue et formatrice, a elle même trainé une « mauvaise orthographe » jusqu’à la première partie de sa vie professionnelle. Dans un premier temps diagnostiquée comme dyslexique, elle a, à la suite de son expérience, créé une nouvelle méthode d’apprentissage : « Apprendre autrement pour réussir ». À travers ses livres de grammaire destinés aux enfants « hugo et les rois », Anne-Marie Gaignard souhaite montrer que la dysorthographie n’est pas une fatalité, et que des solutions existent. Nous lui avons donné la parole à travers une interview, dans laquelle elle nous présente cette pathologie.

Connaissons-nous la cause, l’origine du trouble ?

Il y a deux causes bien distinctes. La première cause de dysorthographie, c’est la dyslexie, qui entraîne des troubles durables d’apprentissage liés à un dysfonctionnement neuronal. Il s’agit donc d’une pathologie qui se traite et relève du monde médical ou paramédical. Un dyslexique avéré sera forcément dysorthographique. Mais cette dysorthographie associée à la dyslexie touche très peu de personnes : seulement 2 à 5 % de personnes sont concernées.

La deuxième cause, elle, est beaucoup plus grave et arrive en numéro 1 en France. C’est une dysorthographie que j’appelle « pure » comme je la décris dans mon livre « La revanche des nuls en orthographe » aux Editions Calmann-Levy. Ce n’est pas une pathologie, il n’y a aucun dysfonctionnement des neurones. Non, la véritable cause est un « ratage d’apprentissage » !

Cela peut arriver à n’importe quel enfant, issu de n’importe quel milieu familial. Ce trouble se glisse sournoisement et pointe son nez entre la Grande Section de Maternelle et le CE1. L’enfant va tout simplement passer à côté de la méthode d’apprentissage qu’on lui a mise sous les yeux en CP et cela ne lui permettra pas d’apprendre à lire normalement. Il sera, en plus, dans l’incapacité d’écrire correctement. Il faut être très attentif. Car si l’on n’intervient pas, cet enfant signe pour l’échec à perpétuité. Un CP raté, est raté pour la vie. Un mauvais apprentissage va le condamner pour la vie à être un mauvais lecteur et un dysorthographique sévère !

La grammaire, la conjugaison seront ses pires cauchemars et son crayon son ennemi numéro 1 ! Il sera abonné aux fautes d’orthographe et aussi aux difficultés de recopie. Bien souvent, bien trop vite, on dira de lui qu’il est un « dyslexique » et c’est le début du parcours du combattant, pour lui et pour toute la famille qui va en pâtir ! Rapidement le parcours « médical » se met en place et pour de longs mois, voire plusieurs années. Cette étiquette de « dyslexique » collée dans le dos de l’enfant permet à beaucoup d’intervenants qui l’entourent de se dédouaner de leurs responsabilités. L’enfant touché est angoissé, de ce qui lui arrive et bien conscient de cette étiquette honteuse qui lui colle à la peau. Mais, si vous saviez comme il est courageux ! Il n’a de cesse d’essayer pour y arriver…

Si vous regardez l’écrit d’un enfant qui a raté l’apprentissage, il ressemble trait pour trait à celui du dyslexique. Oui, lui aussi il attache les mots. Exemple : « unane » au lieu « d’un âne ». Oui, il découpe les mots à sa guise : « l’egume » au lieu de « légume ». Oui, il écrit quasiment en phonétique : « saldo » pour « salle d’eau ». Oui, il fait parfois disparaître des lettres d’un mot : « fagile » pour « fragile ».

Lisez ceci : La geouette, et puisé, avé bocou voilagé. Traduction : La chouette épuisée avait beaucoup voyagé. Est-ce forcément un dyslexique ? Non, dans ce cas c’était juste une petite fille qui, 20 heures plus tard et grâce à une remédiation intitulée « Les 9 piliers de l’orthographe », découvre qu’elle a appris à lire toute seule (d’où son intelligence) et qu’elle ne peut donc pas écrire correctement. C’est tout ! C’est mon quotidien et tous les jours qui passent, je plaide la cause de ces enfants. Je connais trop bien leur souffrance. Ce qu’ils endurent, je l’ai vécu pendant 36 ans. Mais cette petite fille a juste raté son apprentissage. À qui la faute ? La sienne ? Certainement pas. Mais, ce qui est certain c’est qu’elle sera une élève moyenne tout au long de sa scolarité et qu’elle n’arrivera pas à prouver qu’elle a des compétences (sauf à l’oral), faute d’avoir eu la bonne méthode… Je le sais, j’y suis passée. On vit l’enfer et on se sent nul.