Anne Roumanoff, elle ne nous dit pas tout !

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Côté Famille a interviewé l’humoriste il y a quelques mois, en plein tournage pour la chaîne Comédie+  d’une série « C’est la crise » où elle incarne une mère de trois enfants confrontée à la faillite de son mari, obligée de se remettre à travailler. Pourtant quand il s’agit de parler de sa propre famille, elle n’est pas très bavarde…

Que pensez-vous de la famille en général ?

C’est à la fois le paradis et l’enfer. C’est un lieu de vie passionnant, pas toujours très rose, où l’on est vraiment soi-même, pas en représentation. La famille, c’est un lieu où il y a à la fois des tensions, des frustrations mais aussi de l’humour. Avec mes frères et sœurs, nous sommes très indépendants mais toujours présents en cas de coup dur.

Quel genre de maman êtes-vous ?

J’ai vraiment du mal avec les définitions, je trouve ça trop restricteur. Je suis une maman point. Parfois maman poule, parfois laxiste, parfois casse-pieds… Je fais du mieux que je peux comme toutes les mamans. Je pense que c’est important de ne surtout pas être parfaite. Je suis pour la franchise aussi. Ne pas me forcer si je n’ai pas envie de faire un massage ou si je suis trop fatiguée pour lire une histoire. J’ai acquis cette distance avec le temps. Au début, j’essayais de tout faire bien, de tout concilier et j’étais épuisée.

Comment avez-vous élevé vos enfants ?

Je ne saurais pas trop dire. Parfois j’ai l’impression qu’elles sont très bien élevées, parfois que c’est une catastrophe. Je me suis aperçue que l’important n’est pas ce que l’on dit aux enfants mais ce que l’on est. Ils se calent là-dessus en fait. L’éducation se fait par une espèce d’imprégnation.

J’essaie évidemment de poser des règles avec plus ou moins de succès. Je trouve mes filles plutôt sympathiques et pleines d’humour, mais je ne suis peut-être pas très objective. (rires)

Avez-vous des principes moraux, d’éducation ?

Les principes de base : bonjour, au revoir, merci, s’il vous plait.

Dire la vérité, ne pas mentir, être droit. Être subtil aussi dans les relations humaines, ne pas blesser les autres…

Je pense que l’éducation varie selon les enfants. Les problèmes sont tellement différents selon les âges et la personnalité de chaque enfant. Il y en a qu’il faut pousser à s’exprimer, d’autres à apprendre à se taire.

Pensez-vous que l’on en fait trop pour nos enfants en général ?

Trop et pas assez à la fois. On achète des Nintendos aux enfants et on ne joue plus avec eux au monopoly, moi la première. L’enfant est aujourd’hui sacralisé, il est le centre de la famille, le ciment du couple. C’est tout juste si l’on ne se prosterne pas devant lui. C’est trop !

Avez-vous reproduit les mêmes « bêtises » que vos parents ?

Mes parents étaient parfaits, ils n’ont fait aucune bêtise. Regardez le résultat (rires). Une chose est sûre c’est que je n’ai jamais forcé mes filles à manger de la cervelle d’agneau ou du foie de veau. Cela me dégoûte rien que d’en parler.

Quelle enfance avez-vous eue ?

Une enfance à Paris et tous les week-ends en Normandie dans l’Eure. Une enfance assez libre, mes parents étaient des néo-soixante-huitards qui s’extasiaient quand on « s’exprimait ». J’étais l’aînée de quatre enfants. On ne regardait pas trop la télévision, ils étaient contre. J’ai le souvenir de beaucoup de jeux dans le jardin en Normandie avec les voisins, on jouait à la guerre, à soigner les enfants malades dans un hôpital, à la marchande, au cirque… J’imagine que cela a contribué à développer mon imagination.

Les enfants rois, ça vous agace ?

Oui évidemment, même si parfois je me demande si je ne gâte pas trop mes filles. Les enfants-rois ce sont des enfants à qui l’on ne dit jamais non, qui ne supportent aucune contrainte et qui ne sauront pas s’adapter à toutes les situations, ni affronter la réalité. Comme le couple se casse la figure, l’enfant est déifié. Alors qu’un bébé, c’est très beau et très émouvant bien sûr, mais ce n’est pas que du bonheur.

Que souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?

Je pense que savoir s’adapter à tous les environnements, à tous les milieux sociaux est essentiel. Cela fait vraiment partie de la bonne éducation au 21 ème siècle. J’essaie aussi de transmettre à mes filles le goût de l’effort, du courage, afin qu’elles ne baissent pas les bras à la première difficulté. La droiture, la sincérité, la franchise et l’honnêteté sont également des valeurs importantes et… L’humour aussi bien sûr.


Avec du recul, que feriez-vous, ou au contraire?

Pour mon aînée, par exemple, je me suis complètement plantée dans le recrutement des baby-sitters pourtant je suis passée par des agences, mais ça a été une catastrophe et elle en a souffert. J’aurais vraiment aimé lui donner un peu plus de stabilité. Pour la deuxième, cela s’est bien mieux passé.

L’autre chose qui m’a frappé c’est la vitesse à laquelle passe l’enfance. Quand ils sont bébés, on a l’impression que cela n’en finit pas, alors qu’on passe vite du premier biberon au premier soutien-gorge.


Trouvez-vous que les enfants ont beaucoup changé depuis votre propre enfance ?

Énormément, les ordinateurs, la société, la crise … Tout a changé et les enfants sont des vraies éponges. Cela ne sert à rien de regretter un passé soi disant idyllique, il faut s’adapter aux transformations de la société. Les enfants aujourd’hui sont beaucoup plus vifs, à 9 ans, ils se comportent comme des ados de 13 ans d’il y a dix ans. Les enfants perdent aussi plus vite leur naïveté, c’est ça qui me trouble le plus, la perte de leur capacité d’émerveillement.

Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui ?

L’individualisme forcené, l’absence de morale, les gens qui n’ont pas de parole… J’observe la société et je me moque. Ce qui me choque ou qui me dérange vraiment j’en parle dans mes sketchs.


Quel est le rôle des grands-parents ?

Il y a tellement de sortes de grands-parents, c’est dur de généraliser. On est de plus en plus loin de l’image d’Epinal de Papi qui apprend à s’occuper des lapins ou de Mamie qui fait des gâteaux! Les seniors divorcent, font des régimes, surfent sur Internet, partent en week-end en low cost et ne sont pas toujours dispos pour garder leurs petits-enfants.

Anne Roumanoff en librairies

Les Fables de La Fontaine revisitées

À bonne école avec ses propres filles, l’auteur avait envie depuis longtemps de raconter des histoires aux autres enfants. Loin des princesses chères à son aînée et des personnages fantastiques dont raffole la plus jeune, la voilà qui se lance dans l’univers de La Fontaine. Des fables revues et interprétées à sa façon, modernes et drôles, mais toujours avec la morale de l’auteur qui est encore d’actualité.

Les Contes d’Anne Roumanoff, Editions Glénat, illustrations Grégoire Mabire et mise en scène musicale Jean-François Leroux, Phildebert Le Lièvre et Huluberlue La Tortue, Marie-Chantal La Cigale et Eugénie La Fourmi, Théo Le Corbeau et Maître Renard, CD inclus, 14,99€ chaque.