Anne Bacus : « Il faut éviter de transmettre aux enfants des peurs inutiles »

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Anne Bacus est docteur en psychologie, psychothérapeute et mère de deux enfants. Elle est aussi l’auteur de l’ouvrage « Même pas peur » paru chez Marabout.

Côté Mômes : Vous évoquez dans votre ouvrage même pas peur les « nouvelles peurs » : de la guerre, du divorce des parents, de ne pas avoir de travail plus tard si on ne travaille pas bien à l’école. Comment lutter contre ces peurs-là ?
Anne Bacus : Chaque époque a les siennes. On les appelle nouvelles parce qu’elles correspondent à notre environnement du moment. Mais la peur, elle, n’est pas récente. Il faut éviter de transmettre des peurs inutiles aux enfants. Il ne sert à rien de projeter un enfant de 8 ans dans un avenir qui pour lui n’a pas de sens et la première chose à éviter est de lui faire vivre nos propres angoisses. Deuxième chose très importante : ne pas le laisser en contact avec la télévision car l’image, contrairement au livre, fait effraction dans le psychisme de l’enfant et ne s’accompagne d’aucun filtre. L’enfant prend ce qui se présente directement en plein cœur. Ce n’est pas du tout pareil de lire « le loup mangea la grand-mère » et de voir un loup en train de dévorer une grand-mère !

CM : Les craintes de l’échec chez les enfants en âge scolaire se développent de plus en plus. Les enseignants ont-ils un rôle à jouer de ce point de vue ?
A.B : On sait bien qu’il y a encore malheureusement des enseignants dont la pédagogie est basée sur la peur de l’échec. Et puis tous les ans, on dit aux enfants, y compris en maternelle, « maintenant, vous êtes grands, c’est sérieux, il va falloir travailler ». Il faut dire aux enfants que, bien sûr, c’est important de travailler à l’école, mais que rien n’est jamais joué.

 

CM : Si j’ai bien lu votre ouvrage, le défi d’un développement harmonieux, et notamment d’une bonne gestion de la peur, c’est la confiance en soi… Autrement dit, la réussite de toute une vie ?
A.B : Il ne faut peut-être pas exagérer… Des peurs, il y en aura toujours, mais plus on a confiance dans sa capacité à les dépasser et moins elles vous emportent. Les parents ont un rôle à jouer à la fois au niveau des peurs elles-mêmes mais en même temps au niveau de l’entretien de la confiance en soi et de l’estime de soi. Et puis il y a aussi l’exemple, la façon dont les parents gèrent leurs propres peurs. Les parents anxieux sont d’ailleurs souvent assez conscients de cela, ils font beaucoup d’efforts pour ne pas transmettre leurs angoisses à leurs enfants.

CM : Certains enfants naissent-ils plus craintifs que d’autres ? Cela veut-ils dire qu’ils sont plus imaginatifs, plus créatifs que d’autres ?
A.B : On est tous différents là-dessus, c’est certain. Que l’on naisse avec, c’est une question plus complexe. On peut ne pas avoir d’imagination et être craintif, on peut avoir de l’imagination et n’avoir peur de rien. Il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour se dire que des voleurs vont rentrer. Souvent les peurs sont des peurs assez simples. La peur du noir, d’être tout seul, ne font pas appel à l’imagination. Contrairement aux adultes, l’enfant n’imagine pas vraiment ce qui pourrait se passer. Sa peur est juste une angoisse qui le prend dans certaines situation.

CM : Comment une peur d’enfant s’installe-t-elle dans la vie d’adulte si elle a été mal gérée ou « digérée » dans l’enfance ?
A.B : C’est difficile à dire car la psychologie n’est pas prospective. Il est fréquent, dans les peurs des adultes, d’en trouver des traces déjà présentes dans l’enfance. Mais à l’inverse, constater des peurs chez un enfant ne nous permet pas de dire ce que ça deviendra dans 10 ou 20 ans. Ca, c’est impossible. Il y a des études qui ont été faites sur la timidité (peurs sociales, le fait de parler à un adulte) chez des enfants de 4 ou 5 ans. Et on s’est aperçu que sur le nombre d’enfants observés, il y en a à peu près un gros tiers qui vont rester timides, ceux généralement dont les parents sont timides aussi, un tiers qui vont s’améliorer et un tiers chez qui il n’en restera plus trace.