3 questions à Kim N’Guyen, présidente de l’association Cœur d’Adoption créée en 2007

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Côté Mômes : Pourquoi avoir créé en 2007 une association d’adoptants de plus ?
Kim N’Guyen : Cette association est née suite au premier coup de maître de l’AFA, si je puis dire. L’adoption au Vietnam a été fermée en 2005 car ce pays souhaitait changer ses procédures pour éviter les dérives de l’adoption individuelle. C’était à ce moment-là le pays d’origine le plus demandé par les adoptants français, surtout parce que c’est un pays qui a peu de critères pour la sélection des adoptants : les célibataires peuvent adopter et il n’y a pas de limite d’âge. Autres raisons : il y a beaucoup de nourrissons à adopter là-bas et les gens ont dans l’idée qu’il est plus difficile de devenir parents d’un plus grand et puis ils ont tant rêvé d’un bébé puisqu’en général, avant d’entamer une démarche d’adoption, ils ont connu les affres de la stérilité… Il y a eu aussi « l’effet Johnny ».
Et enfin, d’autres pays ont ajouté dans le même temps des critères (pour adopter en Chine, par exemple, il faut avoir des hauts revenus) et tout le monde s’est tourné vers le Vietnam. Donc, quand le Vietnam a fermé l’adoption, beaucoup de gens attendaient depuis déjà deux ans. Le Vietnam a entre temps décidé d’arrêter les adoptions individuelles, de ne plus travailler qu’avec des agences. L’AFA s’est retrouvée avec, d’un coup, 1 600 dossier en attente à gérer. Et le seul moyen qu’elle a trouvé à ce moment-là pour sélectionner les familles, c’était de faire un tirage au sort qu’elle appelait pudiquement une sélection aléatoire. La communauté des adoptants, pas seulement ceux qui voulaient adopter au Vietnam, a trouvé cela inadmissible. On nous parle d’intérêt de l’enfant pendant tout l’agrément et comment peut-on expliquer que, dans son intérêt, on va lui tirer une famille au sort ? Avec plusieurs adoptants, on a donc formé une association pour être représentés et entendus. En juin dernier, on a organisé une manifestation devant l’AFA et c’est là que nous leur avons proposé plutôt qu’un tirage au sort un système de liste d’attente. En ce moment, vous avez un numéro 2 000 si vous postulez… Je sais que c’est décourageant mais c’est mieux de savoir à quoi s’en tenir.

CM : Y a-t-il selon vous  un vrai problème de gestion à l’AFA ?
KM : Pour mieux comprendre, il faut revenir aux sources. Il n’y a jamais eu en France de vraie politique de l’adoption. L’AFA est née de la réforme de 2005 mais l’idée avait déjà germé bien avant et c’était une bonne idée. Avant, pour la majorité des adoptions internationales, il fallait se débrouiller tout seul pour « trouver un enfant » après avoir obtenu son agrément. Non seulement les adoptants n’étaient pas préparés mais en plus ça a généré des dérives financières et humaines. Créer une grosse agence gouvernementale pour gérer les dossiers était donc très positif. Le problème, c’est que l’AFA s’est retrouvée à gérer en plus les dossiers dont s’occupait auparavant la MAI (Mission de l’Adoption Internationale), c’est-à-dire les adoptions individuelles, ce qui est énorme… Le tout sans transfert de compétences d’un organisme à l’autre. En clair, sur la trentaine de personnes travaillant aujourd’hui à l’AFA, seulement deux avaient une expérience dans le domaine de l’adoption. Et pour ce qui est de la direction de l’agence, c’est la même chose. Forcément, ça ne pouvait pas marcher. 

CM : Que pensez-vous du rapport Colombani ?
KM : Il est très complet, très renseigné et a le mérite de mettre l’accent sur la nécessité d’une vraie volonté politique pour changer les choses. Nous sommes d’accord par exemple sur le fait qu’il faille activer notre important réseau diplomatique. C’est une force dont nous disposons mais qui est mal ou pas exploitée. Et puis il faut aussi réduire les disparités de traitement des dossiers d’un département à l’autre. Les adoptants ne remettent pas en cause le parcours de l’agrément, nécessaire pour mûrir son projet mais au final, il existe trop de différences de traitement d’un département à l’autre. Dans les grandes villes, il y a des assistantes sociales spécialisées dans l’adoption, ailleurs, pas forcément. Tout est laissé à l’appréciation des conseils généraux ou plutôt du président du conseil général qui prend la décision de l’agrément après passage du dossier en commission. Et certains, heureusement rares, vont contre l’avis favorable de la commission – composée de médecins, de psychologues, de parents – en décidant, par exemple, sur des convictions très peu objectives, qu’aucun célibataire ne peut adopter. Certains s’octroient de drôles de pouvoirs…